Ce que nos histoires préférées disent de nous…
Ou comment les œuvres nourrissent notre vie intérieure
Certains récits que nous aimons façonnent notre identité, nourrissent notre imaginaire, ou soutiennent nos valeurs lorsque le monde semble perdre son sens.
D’une émotion vers un voyage intérieur
J’en ai fait l’expérience récemment en regardant une publicité pour une voiture… Quelques notes de musique, une impression de déjà entendu, une musique qui accroche, interpelle, une émotion qui nait. J’ai eu besoin de chercher le nom de ce morceau que je pensais avoir entendu dans un film, sans pouvoir identifier lequel.
Et de là, j’ai suivi ce fil, tirant sur la pelote de cette musique que j’ai réussi à identifier : Spring 1 de Max Richter, recomposition des Quatre Saisons de Vivaldi. Cette musique je pensais (à tort) l’avoir entendue dans le film « les Jardins du Roi », d’Alan Rickman.
D’Alan Rickman, j’ai plongé dans la réflexion sur cet univers anglais que j’aime tant, avec « Orgueil et préjugés » de Jane Austen, en passant par Colin Firth, ou encore Kenneth Branagh et Emma Thompson. Et là, de m’interroger sur mes goûts et sensibilités, car comment faire le lien entre cet univers anglais tout en retenue, et mon passion pour Tolkien et le Seigneur des Anneaux ?
Shakespeare sur les terres des Rohirrim
A première vue, ces univers n’ont rien en commun : d’un côté Jane Austen et des acteurs britanniques shakespeariens, de l’autre des batailles et des cavaliers.
Et pourtant….
En prenant le temps de regarder, j’ai découvert qu’ils racontaient tous la même histoire.
Ils parlent de personnages qui refusent de se laisser définir par le pouvoir, la réussite ou l’apparence. Des personnages qui cherchent à rester fidèles à ce qui leur semble juste, qui se battent pour ce en quoi ils croient.
Elizabeth Bennet refuse les compromis qui trahiraient sa dignité. Théoden trouve la force de se relever alors qu’il se croyait perdu au gouffre de Helm. Sabine, dans « Les Jardins du Roi », continue à créer malgré la blessure. Béatrice et Bénédict dans « Beaucoup de bruit pour rien » apprennent à déposer leurs armures. Frodon poursuit sa route alors qu’il n’a aucune garantie de réussite.
Aucun n’est parfait. Aucun n’est invincible.
Leur grandeur réside ailleurs. Ils sont proches de nous en ce sens et nous donnent une marche à suivre en quelque sorte.
Une vie de sens
Avec le temps, je réalise que nous ne choisissons peut-être pas nos œuvres préférées par hasard. Nous revenons vers elles parce qu’elles nous rappellent quelque chose d’essentiel. Elles deviennent des repères. Des lieux intérieurs.
Je relis « Orgueil et Préjugés » et « le Seigneur des anneaux » chaque année, comme des rendez vous avec moi-même..
Longtemps, j’ai cru qu’il s’agissait simplement de plaisir ou d’habitude. Aujourd’hui, je me demande si ce n’est pas plutôt une façon de revenir à certaines convictions lorsque le bruit du monde devient trop fort.
Dans ces histoires, la beauté n’est pas un luxe. Elle est une nécessité. Les jardins comptent. Les paysages comptent. Les livres comptent. Les liens humains comptent.
La nature n’est jamais un décor. Elle est un personnage à part entière, un lieu de transformation.
Peut-être est-ce pour cela que ces œuvres résonnent autant avec mes réflexions sur le vivant, le sens et la manière d’habiter le monde.
Je suis frappée de constater que les héros qui m’inspirent le plus ne sont pas ceux qui dominent. Ce sont ceux qui protègent, qui font de petites choses qui peuvent changer le monde.
Ils protègent une terre, une relation, une promesse, une part de beauté ou d’espérance.
À leur manière, ils me rappellent qu’une vie réussie n’est pas nécessairement une vie brillante. C’est peut-être une vie fidèle.
Fidèle à ses valeurs.
Fidèle à ce qui est vivant.
Fidèle à ce qui mérite d’être aimé et transmis.
Le chemin vers soi
Finalement, ce que mes histoires préférées me racontent depuis toutes ces années est peut-être très simple : prendre soin de ce qui est vivant, sans renoncer à la beauté ni à l’espérance. Elles parlent de courage, de fidélité, de reconstruction, du vivant. Et cela rejoint directement les questions et les épreuves que rencontrent les personnes que j’accompagne : comment traverser un moment difficile, retrouver du sens, rester fidèle à soi-même…
La psyché fonctionne souvent ainsi : elle ne nous parle pas directement de nos valeurs ou de notre quête de sens. Elle nous fait réagir à une musique, à une histoire, à un paysage. Et si l’on prend le temps de s’arrêter, on découvre qu’il y a derrière cette émotion quelque chose de précieux à comprendre.
C’est très tolkienien, finalement : les grandes aventures commencent souvent par quelque chose qui paraît insignifiant !
J’espère qu’à la lecture de cet article, vous vous poserez la question : « quels sont les films, livres et personnages vers lesquels je reviens toujours ? Qu’est ce qu’ils disent de moi et de ce qui compte pour moi ? ». Vous verrez quelles portes s’ouvriront pour vous !

